Pourriez-vous nous présenter votre parcours et nous dire à quel moment vous vous êtes tournée vers l’industrie ?
J’ai eu un parcours assez classique avec un lycée général scientifique. Pour mon orientation, je savais surtout ce que je ne voulais pas faire. J’ai procédé par élimination. Il me restait trois choix : école d’ingénieur, de commerce ou d’architecture. J’ai choisi une école d’ingénieur généraliste après-bac, l’ESME Sudria, pour garder toutes les portes ouvertes. Je me disais qu’après un diplôme d’ingé, je pourrais toujours bifurquer vers le commerce ou l’archi si besoin. Mon seul vrai choix à l’époque a été d’abandonner la chimie pour me concentrer sur la mécanique et l’électricité.
Une fois en école, je me suis beaucoup questionnée sur mon avenir. "Être ingénieure", c’est tellement vaste que ça ne veut rien dire. Cela m’angoissait, jusqu’au jour où j’ai vu une vidéo de lignes de production (yaourts, embouteillage, empaquetage). Ce fut une révélation : je voulais faire des machines. Ce qui me passionne, c’est de voir une machine faire exactement ce pour quoi elle a été conçue. C’est ainsi que j'ai choisi la spécialité mécatronique.
Vous avez commencé votre carrière à l'étranger avant de rejoindre l'entreprise familiale...
Mon stage de fin d’études a été structurant. Je l’ai fait en Allemagne, chez Magna Electronics, un équipementier automobile. Je voulais acquérir la compétence linguistique et travailler dans la production, soit dans l’électroménager, l’automobile ou la robotique. J’y suis restée quatre ans, travaillant notamment sur l’industrialisation des caméras de recul.
Je me projetais dans un parcours d’expatriée jusqu’à l’été 2016, quand le directeur commercial de Ridel SAS m’a appelée pour me proposer de devenir responsable de production. Je n’avais pas prévu de rentrer en France, et encore moins de rejoindre l’entreprise familiale. Mais j’ai saisi l’occasion pour voir si le métier et l’entreprise me plaisaient. J’ai dit à mon père : "Je viens, mais je ne dis pas que je reprends l’entreprise". Finalement, je suis arrivée en 2017 et j’ai mis quatre ans avant de décider de sauter le pas. J'en suis la dirigeante depuis 2021, et je n'ai aucun regret.
Quel est votre regard sur le fait d'être une femme dans ce secteur ?
Je vais faire une réponse peut-être un peu décalée, mais mon expérience est hyper positive. En Allemagne, j’étais la seule femme de mon département d’industrialisation. J’y ai vu une chance inouïe : mes collègues étaient ultra attentionnés, notamment sur les problématiques mécaniques ou quand il fallait bricoler sur les machines. J’ai eu beaucoup plus d’aide que si j’avais été un homme. Pour moi, être une femme ouvre des opportunités et facilite parfois les échanges. Quand je suis arrivée chez Ridel, j’ai managé directement une vingtaine d’hommes. Ça s’est tout de suite bien passé. En termes de compétences, il n'y a aucune différence entre un homme et une femme. C’est la mixité qui apporte la richesse et qui, je pense, apaise l’entreprise.