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Etinc'Elles : portrait de marraine - Yuting de Nijs, John Crane

 
 
 
 

L’édition 2025-2026 d’Etinc’Elles, le concours des collégiens pour faire découvrir l’industrie, est en cours. Cette 2e édition rassemble une centaine d’élèves, mais également 10 marraines, qui accompagnent chaque groupe. C’est grâce à elles que le projet prend vie. Nous vous proposons chaque semaine, de mettre en lumière ces professionnelles, qui donnent de leur temps pour promouvoir l’industrie.

Rencontre aujourd’hui avec Yuting de Nijs, Business Application Engineer chez John Crane et marraine de l’équipe du collège André Marie à Barentin.

 

Est-ce que vous pouvez vous présenter, votre parcours, et à quel moment vous vous êtes tournée vers l'industrie ?  

 

Je suis d'origine chinoise. Au lycée, j'étais déjà dans la filière scientifique, ce qui existe aussi en Chine, un peu comme ici entre littéraire et scientifique. Mon choix s'est porté vers les sciences parce qu'il y a moins de choses à mémoriser. En Chine, les matières littéraires incluent beaucoup d'histoire et de politique, ce qui demande énormément d'apprentissage par cœur. En maths ou en physique, si tu sais raisonner, tu peux t'en sortir. C'est plus logique.

J'ai passé le concours d'entrée à l'université, et j'ai été admise en médecine. Mais je n'y suis pas allée, parce que j'avais toujours voulu vivre une expérience à l'étranger, et le diplôme de médecine chinois n'est pas reconnu en Europe ni aux États-Unis. J'ai donc postulé à l'INSA, une école d'ingénieurs française, et j'ai été admise à l'INSA de Rouen, où j'ai passé cinq ans.

Les deux premières années étaient des classes préparatoires en anglais, ce qui était plus accessible pour moi. J'avais appris le français seulement six mois avant d'arriver. C'était un équilibre entre les deux langues, pas facile, mais on avance. À partir de la troisième année, j'ai choisi la spécialité énergétique et propulsion, qui m'attirait vraiment, et pour laquelle le vocabulaire technique en français était plus gérable.

Durant ma scolarité, j'ai fait plusieurs stages. En première année, j'ai effectué un stage ouvrier ici même, chez John Crane, à l'atelier d'assemblage des garnitures pendant un mois. C'était intéressant, mais assez répétitif. En troisième année, j'ai fait un stage chez Areva — aujourd'hui Framatome — dans le Nord, près de la frontière belge, à Valenciennes. C'était très enrichissant, et je suis encore en contact avec le tuteur qui m'avait accompagnée. Enfin, en cinquième année, j'ai réalisé mon stage de fin d'études chez Groupe SEB, dans le service R&D. On travaillait sur des produits innovants, dont un refroidisseur instantané, un prototype qui produisait de l'eau froide à la demande. Tout était à construire : modélisation, simulation, prototype. Six mois très stimulants.

 

Après l'obtention de mon diplôme, j'ai cherché un emploi en France, mais ce n'était pas simple. J'ai donc décidé de rentrer en Chine, où j'ai rejoint le centre R&D d'EDF à Pékin. J'ai adoré cette expérience : beaucoup de jeunes ingénieurs au profil similaire au mien, des expatriés français, et un travail de fond sur des simulations et des codes de calcul internes pour valider des scénarios accidentels dans le nucléaire. Puis j'ai passé un an à Shenzhen, dans le cadre d'une collaboration entre EDF et le groupe nucléaire chinois CGN, pour des essais sur des bancs d'expérimentation à grande échelle.

 

Après deux ans chez EDF, j'avais envie de quelque chose de plus concret, plus terrain, pas seulement des bureaux et des simulations. Je voulais voir des projets avancer, rencontrer des gens, gérer des budgets. J'ai alors été approchée par un chasseur de têtes pour un groupe qui s'appelle Poma, filiale d'un groupe italien, spécialisé dans les remontées mécaniques et basé à Voreppe. À ce moment-là, le tourisme hivernal se développait fortement en Chine, avec de nombreuses stations de ski en construction. J'ai donc travaillé comme cheffe de projet depuis Pékin, avec un chef français. Ce que j'aimais dans ce travail, c'était le terrain : on marchait réellement sur la montagne pour définir le tracé des lignes, repérer les emplacements des pylônes, évaluer les contraintes du sol. C'était physique (parfois dix heures sous la pluie) mais stimulant, humain, avec des profils très variés : paysans locaux, géomètres, ingénieurs...

 

Après deux ans, en 2019, je me suis mariée. Mon mari est français, on s'était rencontrés en Chine. On a décidé de s'installer en France, et j'ai obtenu une mutation. J'ai pris un poste d'ingénieure système, avec un rôle plus en amont : je définissais les choix de conception, en coordination entre les projets en Chine et les équipes de design en France. Encore deux ans.

 

En 2022, mon mari et moi avons tous les deux démissionné pour nous installer en Normandie, près des grands-parents de notre fils. J'ai retrouvé un poste ici, chez John Crane, en tant que chargée d'affaires. C'est un travail différent de ce que je faisais avant, plus purement mécanique, sans les dimensions électriques, hydraulique et automatique. Mais j'aime ce côté plus pur, plus ancré dans les fondamentaux du métier.

 

Concrètement, on reçoit des appels d'offres de clients comme Siemens, Baker Hughes ou Elliott. On calcule, on modélise en 3D, on établit une première estimation de prix. Une fois la commande confirmée, on l'analyse plus finement (techniquement, commercialement, en termes de qualité) puis on la transfère aux services suivants : logistique, achats, fabrication. La boucle est bouclée. Ça fait maintenant quatre ans que je suis là.

 

 

L'industrie a-t-elle été un choix délibéré pour vous ? 

 

Oui, vraiment. Mon père était ingénieur. Et tout au long de mon parcours, j'ai eu des professeurs femmes très brillantes, très compétentes, sans que ça pose la moindre question. Dans mon lycée en Chine, les filles et les garçons étaient à part égale, et les filles étaient tout aussi douées. Donc non, je n'ai jamais perçu l'industrie comme un domaine réservé aux hommes. Je n'y ai même jamais pensé en ces termes. C'était simplement ce que j'avais envie de faire.

Certes, dans mon école d'ingénieurs, il n'y avait que 20% de filles. Mais c'est leur choix, pas une contrainte. Et pour être honnête, je pense que c'est parfois plus facile d'être une femme dans l'industrie, justement parce qu'on est moins nombreuses ; on est bien traitée, on a accès à des interlocuteurs variés, et la différence de regard peut être une vraie richesse.

 

Qu’est-ce qui vous a motivée à être marraine ? 

 

Yuting : J'essaie de faire de mon mieux pour influencer positivement les jeunes. À 13 ou 14 ans, leur avenir n'est pas encore tracé. Si je peux avoir un tout petit impact sur leur façon de penser, sur leurs choix, c'est déjà quelque chose. Je veux leur montrer qu'il ne faut pas se fixer de limites. Surtout pour les filles, qu'il ne faut pas se laisser enfermer par les stéréotypes. L'idée que les filles seraient moins douées en sciences, ou que l'industrie serait un monde d'hommes… c'est faux, et mon propre parcours le montre.

 

Merci Madame de Nijs !

 

 

Retrouvez les interviews des autres marraines Etinc'Elles :

 

- Florence Giuliani (EREM)

- Stéphanie Lefebvre (GYPASS)

- Céline Cueff (HDI)

- Agathe Ridel (Mecanolav)

 

 

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