Après l'obtention de mon diplôme, j'ai cherché un emploi en France, mais ce n'était pas simple. J'ai donc décidé de rentrer en Chine, où j'ai rejoint le centre R&D d'EDF à Pékin. J'ai adoré cette expérience : beaucoup de jeunes ingénieurs au profil similaire au mien, des expatriés français, et un travail de fond sur des simulations et des codes de calcul internes pour valider des scénarios accidentels dans le nucléaire. Puis j'ai passé un an à Shenzhen, dans le cadre d'une collaboration entre EDF et le groupe nucléaire chinois CGN, pour des essais sur des bancs d'expérimentation à grande échelle.
Après deux ans chez EDF, j'avais envie de quelque chose de plus concret, plus terrain, pas seulement des bureaux et des simulations. Je voulais voir des projets avancer, rencontrer des gens, gérer des budgets. J'ai alors été approchée par un chasseur de têtes pour un groupe qui s'appelle Poma, filiale d'un groupe italien, spécialisé dans les remontées mécaniques et basé à Voreppe. À ce moment-là, le tourisme hivernal se développait fortement en Chine, avec de nombreuses stations de ski en construction. J'ai donc travaillé comme cheffe de projet depuis Pékin, avec un chef français. Ce que j'aimais dans ce travail, c'était le terrain : on marchait réellement sur la montagne pour définir le tracé des lignes, repérer les emplacements des pylônes, évaluer les contraintes du sol. C'était physique (parfois dix heures sous la pluie) mais stimulant, humain, avec des profils très variés : paysans locaux, géomètres, ingénieurs...
Après deux ans, en 2019, je me suis mariée. Mon mari est français, on s'était rencontrés en Chine. On a décidé de s'installer en France, et j'ai obtenu une mutation. J'ai pris un poste d'ingénieure système, avec un rôle plus en amont : je définissais les choix de conception, en coordination entre les projets en Chine et les équipes de design en France. Encore deux ans.
En 2022, mon mari et moi avons tous les deux démissionné pour nous installer en Normandie, près des grands-parents de notre fils. J'ai retrouvé un poste ici, chez John Crane, en tant que chargée d'affaires. C'est un travail différent de ce que je faisais avant, plus purement mécanique, sans les dimensions électriques, hydraulique et automatique. Mais j'aime ce côté plus pur, plus ancré dans les fondamentaux du métier.
Concrètement, on reçoit des appels d'offres de clients comme Siemens, Baker Hughes ou Elliott. On calcule, on modélise en 3D, on établit une première estimation de prix. Une fois la commande confirmée, on l'analyse plus finement (techniquement, commercialement, en termes de qualité) puis on la transfère aux services suivants : logistique, achats, fabrication. La boucle est bouclée. Ça fait maintenant quatre ans que je suis là.